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05 février 2024

Damien Calvet (ECL 2017) : 365 jours et 19500 km parcourus à vélo de Nice à Singapour

Son diplôme de Centrale Lyon en poche, Damien Calvet décide avec son ami Matthieu, rencontré en Asie deux ans plus tôt, de partir à vélo sur les routes de la soie à destination de Singapour. 365 jours et 19500 km d’aventure plus tard, Damien nous raconte ce périple un peu fou jalonné de souvenirs d’autant plus inoubliables, qu’ils vivent aujourd’hui dans un film documentaire ainsi qu’un livre-photos à paraître prochainement.


- Bonjour Damien. Il y a un peu moins d’un an s’achevait à Singapour l’aventure Sunriders après 19500 km parcourus à vélos. Raconte-nous comment est né ce projet?

Bonjour à tous. C’est lors de ma césure à Singapour, que j’ai rencontré Matthieu. Nous nous sommes retrouvés en stage dans la même startup et sommes rapidement devenus amis. De retour en France, la seconde partie de mon année de césure fut marquée par le premier confinement au terme duquel j’ai décidé de partir à vélo à la découverte des routes de l’hexagone. Au même moment, sans aucune concertation, Matthieu entreprenait la même aventure mais du côté de la Suisse. Plusieurs mois plus tard, alors que nous échangions sur nos périples respectifs, l’idée a germé de prendre plusieurs mois à la fin de nos études pour partir à vélo sur la légendaire « route de la soie », direction Singapour, extrémité de l’Eurasie et symbole du début de notre amitié.

- Un lieu commun veut que les voyages forment la jeunesse. D’un point de vue personnel, qu’as-tu appris sur toi et sur les autres ?

Le premier enseignement est qu’il n’est jamais trop tôt pour vivre ses rêves. Prendre la décision de partir n’a pas été facile. J’avais peur de rater le début de ma carrière ou de perdre le contact avec mes proches en partant une année entière. En réalité, ce fut la meilleure décision de ma vie. J’ai vécu un rêve qui m’a ouvert des portes au lieu d’en fermer. J’ai appris avec ce projet l’importance de l’audace. Quant à mon rapport aux autres, je retiens avant tout que l’Homme est bon. Partout où nous sommes allés, et encore plus dans les pays où nous pouvions nourrir quelques a priori (Iran, Asie Centrale…), nous avons été accueillis à bras ouverts. L’hospitalité fut une constante tout au long de notre voyage. Nous ne nous sommes quasiment jamais sentis en insécurité.

- Le voyage vaut beaucoup aux rencontres qui le jalonnent. Quels sont celles qui t’ont le plus marqué ?

C’est difficile de choisir entre toutes les personnes rencontrées sur notre chemin. L’Iran reste néanmoins un pays qui sort du lot, tant l’hospitalité y est omniprésente. Nous n’avons pas passé une seule journée sans être invités soit à boire un thé, soit à manger, soit à rester dormir. Je pense en particulier à Hashkan qui, après nous avoir accueillis, nous a suivis avec son vélo pendant une journée entière… ou encore à Alo et Ati qui nous ont hébergés pendant une semaine entière à Téhéran alors que nous étions de parfaits inconnus. A peine avions-nous échangé un message sur Instagram qu’ils nous confiaient déjà les clés de chez eux et nous considéraient comme des amis proches. Nous sommes encore en contact régulier avec certaines personnes rencontrées en Iran, mais aussi ailleurs. J’échange de temps en temps avec un moine bouddhiste cambodgien, avec un restaurateur ouzbek, ou encore avec un Imam malais.

 

© image by Sunriders

- A l’inverse, y-a-t-il eu des moments de galère où vous avez pensé à abandonner ?

L’idée d’abandonner ne nous a jamais effleurés. Pourtant, la route n’a pas toujours été facile, loin de là. Je pense par exemple à la traversée du désert Kazakh/Ouzbek où nous devions, avec peu de nourriture, faire face à un vent rageur. La traversée du Laos, perdus sur des routes escarpées et sans aucun ravitaillement, n’a pas été facile ni mentalement ni physiquement. Mais dans les moments difficiles nous pensions toujours à quelque chose qui nous réjouissait dans la suite du voyage (comme les plages de sable blanc en Thaïlande). Cela nous donnait la force d’avancer d’autant plus vite pour sortir de la mauvaise passe et d’atteindre la suite. Nous savions aussi que ce sont les moments difficiles qui font la beauté de ce voyage et qui forgent les souvenirs. Sans épreuve, point de fierté.

- Après plus de 19000 km parcourus à vélo, quelle est la chose que tu préfères quand tu es en selle, et celle que tu détestes le plus ?

Rien n’est plus reposant que de vivre au rythme du soleil, passer 100% du temps à l’extérieur, permet de se sentir libre. J’ai aimé le fait de me réveiller tous les jours à un endroit différent sans savoir ce qui allait se passer dans la journée. Quant au revers de la médaille, le vent, notamment de face, fut notre pire ennemi sur la route. Je me souviens de moments pénibles ou notre esprit était chahuté entre la rage d’avancer, le désespoir et le désarrois total. Cette force invisible et incontrôlable nous a bien souvent demandé de redoubler nos efforts pour, à l’inverse d’une montée, ne nous offrir aucune récompense.

- Vous avez souhaité partager votre aventure sur différents formats et média (film, réseaux sociaux, livre). Comment vous êtes-vous organisé sur la route pour capter tous ces moments de vie ?

Depuis le début de l’aventure nous avions deux projets : réaliser un film ainsi qu’un livre photo. Ces objectifs ont nécessité un investissement personnel conséquent. Déjà, le matériel à transporter n’est pas anodin (appareil photo, trépied, drone). Cela prend de la place et pèse un certain poids mais c’était un choix que nous avions accepté. Notre routine a dû s’adapter en conséquence. Tous les soirs dans la tente nous réalisions sur un iPad un tri des photos et des vidéos de la journée. Cette routine et ces objectifs furent certes parfois contraignants mais ils ont surtout été de formidables leviers de motivation. Partager l’aventure au quotidien sur les réseaux nous a poussés à constamment chercher de nouvelles expériences à vivre. Écrire un livre photo et réaliser un film forcent à constamment « chercher le beau » à filmer ou à photographier. Le film est d’ailleurs d’ores et déjà disponible (il a entièrement été monté à notre retour – 4 mois de travail à temps plein aidé d’une monteuse professionnelle - , seul un tri a été effectué pendant l’année). Le livre est quant à lui en cours d’écriture.

- Comment s’est passé le retour à la normalité du quotidien ?

Le retour s’est passé de manière beaucoup plus fluide que ce que j’imaginais. Depuis le début de l’aventure Sunriders, nous savions qu’elle s’achèverait au bout d’un an. Cela nous a laissé le temps de nous préparer à cette échéance. Les derniers mois de voyage furent ainsi pour Matthieu et moi, un moment de transition, de préparation et de réflexion sur ce qui allait se passer ensuite. Je craignais malgré tout que le retour à une routine plus ordinaire soit difficile à vivre et me pousse à repartir rapidement sur les routes. Ce ne fut pas le cas. Je pense que cette aventure m’a apporté tout ce que j’en attendais, à commencer par l’excitation de vivre pleinement au jour le jour. Je suis rentré comblé, satisfait d’avoir vécu mon rêve et avec l’envie de démarrer une nouvelle étape de ma vie.

- Cette aventure a-t-elle fait évoluer tes envies professionnelles ?

Voyager à vélo laisse beaucoup de temps à la réflexion et à l’introspection. Mais aussi incroyable qu’ait été cette aventure, elle n’a jamais fait dévier mon envie d’exercer le métier d’ingénieur. Au contraire, elle l’a précisée. Rouler fut l’occasion d’écouter de nombreux podcasts notamment sur le conflit en Ukraine et ses conséquences sur les prix de l’énergie. Ayant déjà effectué une spécialisation en énergie, j’ai suivi avec intérêt ce sujet au cours du voyage. Au fil des mois je me suis rendu compte que le sujet me passionnait vraiment et que je me verrais bien travailler en lien avec le marché de l’électricité.

- Tu travailles aujourd’hui comme ingénieur opération de marché. Peux-tu nous décrire ton poste et tes missions ?

Je travaille chez Agregio Solutions. Filiale de EDF, l’une des missions de l’entreprise est de fournir au réseau électrique des solutions de flexibilité. Lorsque le réseaux électrique est surchargé, nous sommes par exemple en mesure de demander à certains industriels ou autres sites très énergivores de baisser leur consommation. De telles opérations sont valorisables sur différents mécanismes du marché de l’électricité. Mon métier consiste à faire en sorte que les différents actifs de flexibilité de l’entreprise soient correctement valorisés sur les différents marchés de l’énergie. C’est un métier stimulant et exigeant où l’on ne s’ennuie jamais.

- Comment te vois-tu évoluer professionnellement ? Est-ce compatible avec le lancement un jour d’un Sunriders 2 ?

Je n’y pense pas vraiment. S’il y a bien une chose que j’ai apprise du voyage c’est l’importance de profiter de l’instant présent. Aujourd’hui je suis dans une situation avec un travail, une vie qui me plaît et je suis ambitieux dans mes désirs professionnels.

Un jour, peut-être que le désir de repartir reviendra. Ce qui est certain, c’est que je n’essayerai pas de refaire la même chose, je serai sûrement déçu tant le projet a été une réussite. Le projet continue d’ailleurs toujours d’exister, déjà au travers du film que nous allons projeter dans divers festivals d’aventure en France, mais aussi bientôt avec le livre.

Toutes les infos sur la sortie du film documentaire et du livre-photos sont à retrouver sur le site sunriders.shop

Auteur

Damien Calvet est ingénieur opération de marché chez Agregio Solutions, filiale de EDF qui a notamment pour mission de fournir au réseau électrique des solutions de flexibilité.

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